N°2
Christian-Edziré Déquesnes & Ivar Ch'Vavar
en l'Accueil Froid d'Amiens, le 3 octobre 2019,
festival Ectoplasme. Photo : Mary d'Osteend.
pardon de te laisser sans nouvelles, mais j'ai eu une période un peu floue...
Je t'envoie ce que j'avais écrit pour "fixer" dans ma mémoire le festival de l'Ectoplasme -- dans ma mémoire et dans mon livre "Echafaudages dans les bois".
J'espère que tout va bien ed tin cotèy...
Nous t'embrassons bien, Dominique et moi,
Ivar
Graphisme & conception affiche : Alice Pole Ka.
Intermède fuligineux22 septembre-6 octobre 2019
Le 22 septembre je participe au festival Ectoplasme organisé à Amiens, dans
des lieux marginaux, par Luce Lenoir et Guillaume Sémery, que j’ai rencontrés
quelque temps auparavant.
J’en rends compte le 1er octobre seulement dans un courriel à
Jean-Marc Aubert :
Cher Jean-Marc,
tu as raté quelque chose en ne venant pas
m’écouter à Rivery[1]. D’abord
c’était la saint Maurice, ce dimanche-là[2], et ensuite j’ai lu dans le
grand manège d’un ancien haras[3], squatté
(dix-huit occupants, ou résidents, je ne sais pas comment on les appelle). Il y
avait trente-cinq personnes (c’était ouvert à tous ceux qui pouvaient montrer
patte noire) et trois chiens de punks, dont un seul a été attentif jusqu’au
bout. On a eu droit aussi à un « exposé déambulatoire » sur les
masques inuits par une jeune femme qui possède de très grands bras et de très
grandes jambes.
Pendant ma lecture, mon ami Jean
Detrémont, musicien, dessinateur et poète, a eu une transe et lu nettement sur
un mur du manège le titre qu’il cherchait depuis des semaines pour son prochain
livre : « J’essaie mon dentier ». C’était donc plutôt pas mal
tout ça.
Je t’envoie en pièce jointe un document
AUTHENTIQUE (mais tu le verras bien) et très émouvant, concernant le grand
peintre spirite Augustin Lesage, auquel (je viens de l’apprendre) le musée
d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq consacre une exposition (il y aura des
toiles d’autres artistes bruts du Nord et de Pas-de-Calais, dont Crépin, salué
par André Breton).
Ce dernier dimanche nous avons décidé au
dernier moment, avec Commode et Chantal, de nous rendre à Fieffes-Montrelet,
village situé à quelques kilomètres au nord-nord-est de Canaples[4], pour voir
les tableaux, exposés dans l’église, de Jean-Louis Liget. Très forte émotion,
Liget, dont nous ignorions tous jusqu’à l’existence, a soixante-douze ans. Il
peint des choses très fortes, qui feraient mourir de rire les représentants du
« milieu artistique », et c’est un garçon qui a arrêté quarante ans
durant la peinture parce que ça ne plaisait pas à sa mère qu’il en fasse. Il a
attendu qu’elle meure (il est homosexuel), et elle est morte à cent ans. (Je n’invente rien.)
Aujourd’hui, il se rattrape. Il y avait plusieurs grosses dizaines de tableaux dans
cette église.
Bien à toi,
Ivar
Une autre partie du festival Ectoplasme a lieu le 3 octobre à l’Accueil froid, scène marginale cachée dans la zone industrielle de Montières, 21 rue de Sully (sur le territoire d’Amiens). — Je recopie sur le morceau de papier où je les ai notées les instructions, communiquées par téléphone, pour trouver l’endroit : « Au fond de la cour de l’usine / à 50 mètres / une porte VERTE / blindée / La franchir ».
Christian-Edziré Déquesnes lit
(vocifère, expectore) ses évangiles bleu nuit sur un fond musical tiré de vieux
enregistrements électro-acoustiques de Konrad Schmitt, accompagné par Jean
Detrémont (saxophone) et un jeune tromboniste venu de Lille. C’est la première
fois que les trois garçons travaillent ensemble. Amandine Testu joue les
masques fantômes. Je m’attendais à quelque chose de puissant parce que j’avais
senti que Christian était sûr de lui, étonnamment sûr de lui ; mais ce fut
plus fort encore que tout ce que j’aurais pu imaginer.
Et pour finir sur une note un
peu décalée, un message que j’ai adressé à Luce Lenoir et Guillaume Sémery le 7
octobre :
Encore
merci, Amis, pour le numéro 1 d’Ectoplasme, fanzine punk et dada[5]. Merci pour le festival
lui-même, même si je n’ai pu en voir qu’une petite partie.
J’espère
que vous n’avez pas été trop déçus de votre côté (du côté organisateurs on
l’est toujours).
Ce dimanche nous sommes allés Dominique et
moi à Moreuil, pour écouter du chant choral russe dans l’église. Moreuil est
une ville de la Reconstruction bien sympathique, où je suis venu plusieurs fois
entre 1971 et 1974. J’arrivais la nuit chez une copine de huit ans plus âgée,
directrice de l’école maternelle (logement de fonction minimal, pas de salle de
bains ni de chiottes, etc.). Il ne fallait pas que je me montre trop, trop
« repérable » que j’aurais été dans le centre-bourg ; j’arrivais
le soir, en stop (une fois ou deux en train) ; il n’y avait pas âme qui
vive. Je voyais, sur la place, l’église et l’hôtel de ville surdimensionnés se
dresser... Après, on se tassait avec Andrée sous l’ampoule de la cuisine pour
un maigre repas et on causait surréalisme et tables tournantes, ce genre de
choses (Andrée m’avait initié aux tables tournantes, dans le minuscule village
des Hautes-Alpes où je l’avais rencontrée).
Bon ben voilà. Je vous mets ci-dessous un
autre récit de rêve.
Fraternellement,
Ivar
[1] Commune de l’agglomération amiénoise.
[2] Aucun rapport a
priori, si ce n’est que j’ai lu ce jour-là le prologue d’Ajustement, qui est une traversée du
quartier Saint-Maurice à Amiens (on
m’avait dit que ce serait bien si je pouvais évoquer, durant mon intervention,
des lieux fantômes, friches urbaines, etc. Ce que Jean-Marc Aubert ne pouvait
savoir). – Dans le même moment, Françoise Favretto me demandait en urgence un
texte pour un dossier « Villes fantômes » du numéro 17 de sa revueL’Intranquille, qui parut dans la
première semaine d’octobre. Et c’est ce prologue que je lui ai envoyé.
[3] Manège... Et j’avais reçu quelques jours plus tôt de
Pierre Vinclair la version définitive du texte Le manège et les enjambements, prévu pour la deuxième édition augmentée de son livre Le Chamane et les phénomènes : la
poésie avec Ivar Ch’Vavar.
[4] Précision plaisante : en effet Canaples n’est
qu’un village, guère plus grand que Fieffes-Montrelet, et je suis à peu près
certain que mon correspondant ne connaît ni l’un ni l’autre.
[5] « Punk et dada » ? c’est une défnition
« approchée ». – Un des textes que j’ai lus à Rivery, le « rêve
de la piqûre létale », est reproduit dans ce fanzine.
Photo de Mary d'Osteend.
Christian-Edziré Déquesnes
avec le jeune tromboniste,
Ivan Martin, venu de Lille, en l'Accueil Froid
d'Amiens, le 3 octobre 2019.
Les auteurs d'Ectoplasme n°1
Rêve de la piqûre létale (nuit du 2 au 3 novembre 2015)
Cette nuit j'ai rêvé que j'étais condamné à mort et qu'on me faisait une piqûre létale. Juste avant et pendant l'injection, mon pouls s'est quelque peu accéléré, sans plus, quelques minutes. Après, j'étais soulagé et j'attendais de m'endormir", mais ça tardait... ça tardait... À un moment, le médecin qui m'avait piqué, et qui s'ennuyait ferme également, me pose une question sur un bout de tuyau qui était là, style siphon ou que sais-je, il me demande si la première partie du tuyau a un plus grand diamètre que l'autre. Après examen, je déclare que oui. Il me montre alors que ça n'est pas possible, puisque cette partie "entre" dans l'autre... Ah ouais... "Vous voyez bien qu'elle entre dans l'autre ? - Oui. - Est-ce que vous continuez à la voir avec un plus grand diamètre ? - Ben, oui, je crois. Oui, je le vois plus grand, oui. - Bon, c'est bon, les gars, le processus est bien engagé, allez, on y va". Et avec son équipe il remballe son matériel sans plus m'adresser la parole et s'en va retourner sa maîtresse ou je ne sais quel autre truc de médecin.
Moi, des personnes m'entourent, de ma famille, dont je ne vois pas le visage. Je suis dans la maison de mes aïeules (arrière... arrière-arrière-grands-mère) à Berck-Ville, mais très changée. Des voisins passent et compatissent, enfin, des passants... Tout le monde est bien triste pour moi, et personne ne paraît savoir plus que moi pourquoi j'ai été condamné. Une voisine, de sa fenêtre (un drôle d'angle rapproche cette fenêtre de celle devant laquelle je suis), se penche, voudrait m'embrasser, se contorsionnant, sur la bouche, ce qui me paraît complètement déplacé et ne me tente pas du tout. je suis maintenant très calme, j'ai seulement hâte de disparaître, je me dis : "pourvu que ça ne foire pas ! c'est un vrai coup de chance de pouvoir mourir comme ça !" Mais je me réveille sans m'être endormi, eh oui : ce n'était qu'un rêve...
Ivar Ch'Vavar,
extrait d' Ectoplasme n°1 (fanzine)
et lu le dimanche 22 septembre
en le squatt du ancien haras de Rivery.








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